HISTOIRE DU MOUVEMENT MADI
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Diaporama d'oeuvres de C Arden Quin et Torres Garcia

MADI trouve son origine dans la révolution des arts plastiques qui vit le jour vers 1915. Cette tendance, née en Amérique latine dans les années 40, questionne non seulement la forme, sinon le format systématiquement rectangulaire des oeuvres peintes, mais également le statut de l' oeuvre d'art en rejetant toute référence à la réalitédes sens pour privilégier la création d' images abstraites exprimées dans le langage universel de la géométrie.

Le Cubisme des années 1900 a donné naissance au foisonnement des styles d'expression plastiques dits "géométriques", "construits" ou encore "concrets" qui se sont succédés depuis lors et qui demeurent toujours actifs. Les développements les plus novateurs sont apparus au début du siècle, hors de France avec, en Russie, le Suprématisme de Malevitch et le Constructivisme de Tatlin, et, en Hollande, le Néo-plasticisme de Mondrian et de van Doesburg.

La naissance du mouvement MADI en Amérique du sud est liée à la grande influence qu'exerça l'artiste uruguayen Torres-Garcia sur le

développement des arts plastiques dans cette partie du nouveau monde. A Paris, en 1929, il avait été, avec Michel Seuphor, le créateur

de Cercle et Carré, premier mouvement d'art abstrait au monde.

Il n' est pas possible d'évoquer MADI sans parler de son principal initiateur, le peintre uruguayen Carmelo Arden Quin. Né en 1913, il rencontre Torres-Garcia à Montevideo en 1935. Ses premières recherches sur les formes polygonales datent de 1936. Après avoir lancé la revue Arturo en 1941 et créé le groupe Arturo en 1943, le mouvement MADI (sigle de son nom : carMelo ArDen quIn) est définitivement lancé à Buenos-Aires en 1946 avec les

artistes Martin Blazsko, Esteban Eitler, Gyula Kosice, Ignacio Blazsco et Rhod Rothfuss. Ces artistes, fidèles à la règ

le qu'ils se sont fixés d'inventer hors de la réalité, sans souci d'expression, de représentation ou de signification, refusent, comme l'ont fait les dadaïstes avant eux, de donner à MADI la moindre signification. Arden Quin s'installe définitivement en France en 1948.

La même année, le Salon parisien des Réalités Nouvelles, salon de l'abstraction géométrique, accueille pour la première fois en France un ensemble d'oeuvres MADI. Depuis lors les expositions et conférences consacrées à ce mouvement se sont succédées tant en France qu'à l'étranger. Parmi les dernières grandes manifestations on peut signaler celle qui s'est déroulée au Centro de Arte Reina Sofia à Madrid, en 1997.

En ce qui concerne

les arts plastiques, et dès son origine, le manifeste MADI proclamait l'ouverture sur le "milieu spatial" et la gravitation des formes, la possibilité de peindre des structures polygonales planes, concaves ou convexes, des plans articulés, amovibles, animés de mouvements linéaires, giratoires ou de translations ; la possibilité de sculpter des solides avec des espaces vides et des mouvements d'articulation, de mettre en ouvres des fils d'acier dansants. En faisant sauter le cadre orthogonal classique, cette prise de position devançait de quinze ans le formalisme américain d'un Stella, par exemple. En mettant en valeur l'idée de mouvement et de manipulation, la voie était ouverte au cinétisme, comme au dynamisme des volumes.

Plus qu'un mouvement, MADI est l'état d'esprit créateur qui fait sien les règles suivantes :


INVENTION ABSTRACTION POLYGONALITE GEOMETRIE

LUDICITE MOUVEMENT ESPACE COULEUR

PRE-MANIFESTE MADI

Arden Quin

Nous vous montrerons des choses inconnues, des choses que vous n’avez jamais vues ou entendues, même en songe. Nous vous donnerons des yeux nouveaux et des oreilles nouvelles : vous verrez les rumeurs, vous entendrez les transparences.

Madiste signifie homme conséquent avec les audaces sans bornes, les aventures démesurées, l’exactitude rigoureuse dans les relations, la science stricte des éléments, l’invention, le génie !

Nous ne nous fatiguerons pas d’inventer ! Nous serons toujours célèbres ! Jusqu’à la fin de l’âge du monde présent, jusqu’à ce que nous voyions la transformation totale de toute forme, de toute règle, de toute pensée !

L’homme a été fait pour surpasser l’homme, pour construire la conscience pure et immortelle dans une seule sphère cristalline !

Nous avons peu d’espace pour des enquêtes de principes, c’est pourquoi nous allons vous introduire tout de suite dans

la dernière poésie qui puisse être lue,

la dernière plastique qui puisse être regardée,

la dernière musique qui puisse être écoutée,

la dernière maison qui puisse être habitée.

Allons-y hardiment !

Avant MADI, rien ! après MADI, rien non plus.

L’expressionnisme, le cubisme, le dadaïsme, le surréalisme, l’existentialisme, le lettrisme ne sont que les produits de l’impuissance d’une époque !

Les deux premiers mouvements n’ont pas pu organiser des formes multiples ; les deux autres n’ont pas pu refaire la littérature ; les derniers n’ont pas pu exalter la conscience.

Le désir de filtrer l’art – cette chenille grise – jusqu’à ce qu’on le tienne dans la paume comme une larve nucléaire a échoué. Rien moins que l’art ! La connaissance la plus élevée ! A travers lui Léonard de Vinci vit tout notre monde il y a quatre cents ans. Nous sommes au-delà.

Nous voulons la pluralité.

Nous cherchons la transparence.

La lumière ne fait autre chose qu’élargir l’espace.

Notre architecture ira vers tous les horizons !

Notre littérature sera une mer de mythes !

Notre peinture mettra en liberté les couleurs !

Tout bouge !

Sans aucun doute le mouvement, par la porte tournante de Madi, envahit déjà tout l’art, tel un fleuve prodigieux, électrique.

Nos directions sont obliques ! Nous faisons

de la sculpture mobile, géométrique et délirante,

de la peinture mobile,

de la musique électronique,

de la poésie mobile.

Ici, reculez, images oniriques, morceaux cubistes, faible mythe créationiste, bizantinisme lettriste ! Donnez passage à l’image madiste intraduisible par aucun autre élément que la parole ; mais la parole sentie par un moyen qui n’est pas la pensée. Je crée le poème mobile.

Avec nous autres l’art finit, la science commence.

L’art est dialectique ! Les lois du mouvement déterminent aussi les relations dans la poésie, l’architecture, les arts plastiques, la musique, la littérature. Frontalité, profondité et totalité constituent les liens synthétiques des ordres sagittal, orthogonal et cortical. Mais l’art n »est pas une idéologie aliénée ! L’art fait l’histoire et vice versa. Une culture parcourt un cycle complet dans l’expression, la représentation et la signification ! Historiquement chacune des déterminations forme un style. Matérialisme esthétique.

Nous ne parlerons pas des « murs » de l’orthogonalité.

Nous ne parlons pas du statisme.

L’art se surpasse. Quand ne l’a-t-il pas fait !

La peinture fait la révolution visible.

Madi fait l’art mobile.

L’Art recommence.

(Paris, mai 1950)

Suite au manifeste Madi d’avril 1946 à Buesnos Aires

MANIFESTE MADI

Arden Quin


Dans les pays ayant atteint une étape supérieure de développement industriel, l’ancien état de chose du réalisme bourgeois a presque disparu. La représentation plastique de la nature y bat en retraite et se défend bien faiblement.

C’est alors que l’abstraction expressive prend place. Dans cet ordre on doit inclure les écoles d’art figuratif allant du cubisme au surréalisme, en passant par le futurisme. Certes, ces écoles ont répondu aux nécessités idéologiques de leur époque et leurs productions restent des acquis inestimables à l’égard de la solution des problèmes posés à la culture de nos jours. Malgré cela, son temps historique est révolu. En outre, l’insistance mise par les œuvres réalisées dans ce contexte sur le thème extérieur a ses qualités propres, est à considérer comme une régression, comme un service rendu à la figuration contre l’esprit constructif qui s’efforce de gagner à soi tous les aspects de la culture dans tous les pays.

Avec l’art dit « concret », lequel, en réalité, n’est qu’une branche plus jeune de cette tendance abstractionniste, commence la grande période de l’art non-figuratif où l’artiste, prenant l’élément et son support correspondant, crée l’œuvre dans sa pureté essentielle. Mais l’Art Concret a péché par manque d’universalité et de cohérence organisatrice. Il a sombré en de profondes et insurmontables contradictions, tout en conservant les atermoiements et les incertitudes de l’Art ancien et celles de ses ancêtres immédiats : le suprématisme, le constructivisme, le néo-plasticisme. Par exemple, il n’a pas su écarter de la peinture, de la sculpture, de la poésie, respectivement la superposition, le support rectangulaire, l’athématisme, l’imagerie créationniste ou surréaliste ; le statisme plastique, l’interférence entre volume et partie creuse ; des notions et des images pouvant être traduites, illustrées graphiquement. L’Art concret n’a pas su s’opposer, faute d’une théorie esthétique d’ensemble, et partant, d’une pratique adéquate aux mouvements intuitionnistes tels que le surréalisme, aujourd’hui universellement répandu. De là la réussite, nonobstant les conditions contraires, de l’intuition contre la conscience, des révélations de l’inconscient contre l’analyse objective, l’étude proportionnée et l’attention lucide que l’on doit avoir devant les lois de la chose à faire. On reste encore dans le symbolisme, dans l’onirisme et l’on prend parti pour la métaphysique contre l’expérience. Quant à la connaissance de l’art et de l’interprétation de ses données historiques, y sévit en permanence l’argumentation idéaliste et subjective la plus notoire. On ignore les lois du matérialisme dialectique et, lorsque l’on s’en sert, c’est pour les appliquer à l’économie et à la politique, laissant bien soigneusement de côté l’emploi de ses données à l’art, comme le font les tenants enragés du réalisme socialiste.

Bref, l’art avant Madi, tant dans le jugement de son propre contenu de classe que dans son idéologie et sa pratique peut être qualifié :

d’un historicisme scolastique, idéaliste ;

d’une conception irrationnelle ;

d’une technique académique ;

d’une composition unilatérale, statique et incohérente, nous donnant des œuvres exemptes de vraie universalité, de vraie trouvaille, et tout cela servi par une conscience, ou inconscience, imperméable à une rénovation permanente de méthode et de style, seule voie pouvant nous amener à créer l’événement.

Contre tout cela se dresse Madi, qui confirme le désir inaliénable de l’homme d’inventer, d’aller toujours de l’avant, de faire des objets dans le contexte des valeurs permanentes, coude à coude avec l’humanité dans sa lutte pour la construction d’une société sans classe qui libère l’énergie et en vienne à dominer et l’espace et le temps en tous sens, de même que la matière, jusqu’aux ultimes possibilités.

Sans rigueur descriptive en relation avec la totalité de la structuration, l’objet ne peut pas être réalisé ni intégré dans l’ordre universel de l’évolution. C’est ainsi que le concept d’invention doit être défini comme passage, comme faculté, jaillissement du désir, et celui de création comme acte, événement, comme essence se montrant et agissant éternellement.

Pour le Madisme, donc, Invention sera dévoilement, pressentiment de la chose, la chose en puissance, et Création, la chose réalisée.


En conséquence,

On reconnaîtra par Art Madi, l’organisation dans le support respectif des éléments propres à chaque discipline esthétique ; la présence de l’objet ; l’objet inséré dans la beauté d’un ordre dynamique, mobile, le thème que j’appelle « anecdotes ». Ludicité et Pluralité y sont de surcroît contenues.

Concrétiser le mouvement, le synthétiser pour que l’objet naisse et délire entouré d’un éclat nouveau.

Voilà les valeurs essentielles de l’œuvre madique.

Bannie toute ingérence des phénomènes d’expression, de représentation et de signification.


L’œuvre est, n’exprime rien,

L’œuvre est, ne représente pas,

L’œuvre est, ne signifie pas



Le dessin madi :

c’est une disposition de points et de lignes sur une surface pouvant créer une forme ou un rapport de plans.

La peinture madi :

couleur et bidimensionnalité. Structure plane polygonale. Superficie incurvée, concave ou convexe. Plans articulés, amovibles, avec mouvements linéaires, giratoires ou de translation. Coplanal.

La sculpture madi :

tridimensionnalité de valeur temporelle. Solides avec espaces vides et mouvements d’articulation, de rotation, de translation. Cristal et matières plastiques en transparence. Fils d’acier dansants.

L’architecture madi :

ambiance, formes amovibles et transparentes laissant le regard s’évaser vers l’horizon.

La musique madi :

sons et temps spatiaux, lignes et plans de bruitage thématiques.

La poésie madi :

proposition gratuite, notions et métaphores ne pouvant en aucun cas être traduites par d’autres moyens que la parole. Succession conceptuelle pure. Superficies dispersées ou articulées en tous sens. Livres de formes variées. Poésie mobile.

Le théâtre madi :

scénographie amovible s’adaptant aux déplacements d’objets et des personnages idéaux. Dialogues de cause à effet gratuits. Mythe inventé et événement.

Le roman et la nouvelle madi :

sujet se mouvant sans lieu ni temps réels. Rigueur de langage et identité paradoxale.

La danse madi :

corps et mouvements indépendant de la musique. Thème plastique, gestes et attitudes en concordance, circonscrits à un lieu mesuré ou délirant. On ne danse pas une musique, mais on peut danser un objet, géométrique ou autre.


Je crée l’événement.

Le passé n’est pas d’aujourd’hui qui sera demain.


Je vous lègue la formule des inventions de l’avenir.



Carmelo Arden Quin (Buenos Aires 1946)



Note :

Des extraits du brouillon de ce texte ont été édités dans la revue Arte Madi n°1 sans nom d’auteur et avec la seule mention : Manifeste de l’Ecole.

A signaler que ce brouillon m’avait été volé, soustrait de ma sacoche qui se trouvait dans une arrière salle, ainsi que des poèmes à lire.

Ils ont été publiés de nouveau, joints en ordre disparate à d’autres fragments du même brouillon, dans le catalogue VANGUARDIAS DE LA DECADA DEL 40 édité par le Musée Sivori de Buenos Aires, ainsi que dans des publication postérieures, signés d’un nom qui n’est pas le mien.

Arden Quin (Paris 1983-94)


( texte tiré du catalogue édité par le Musée des Beaux-Arts de Metz à l’occasion de l’exposition « Arden Quin 1934-1994 » 1 juillet-3 septembre 1994)

MADI HIER ET AUJOURD’HUI






Il n’est pas possible de parler de MADI, de définir ses caractéristiques et son importance sans le situer dans l’évolution de l’art abstrait au cours du XX° siècle.



MADI DANS L’ART GEOMETRIQUE


Dans l’histoire de l’Art du XX° siècle la tendance artistique géométrique a occupé une place de tout premier plan dés l’apparition, au début du siècle, de l’abstraction dans les arts visuels de différents pays : à Munich avec Kandinsky, à Moscou avec Larionov, à Amsterdam avec Mondrian et van Doesburg, à Paris avec Delaunay, Picabia, Kupka... (pour ne rappeler que quelques grands précurseurs).

L'abstraction a donné naissance à plusieurs courants, chacun d’eux reflétant une des multiples facettes de l’être humain. Mais une des tendances les plus permanentes, toujours adoptée par des créateurs actuels, et partout dans le monde, est celle que l'on peut qualifier de "mouvance construite internationale". On lui a donnée selon les lieux où elle est apparue et les objectifs recherchés par les artistes le nom de constructivisme, de suprématisme, de néo-plasticisme, de géométrisme, d’art concret…Le nom d’art géométrique paraît être celui qui peut le mieux rassembler sous une dénomination commune les différentes tendances passées et actuelles. Car, finalement, elles mettent toutes en oeuvre les règles et fondements de la géométrie éternelle : organisations de surfaces, de volumes, de lignes et de courbes, dans un univers libéré de toute évocation et de toute anecdote.





La forme régulée, "géométrique", jointe à l'économie des moyens, à la simplicité et à la rigueur des structures et de la composition, peut atteindre une grande pureté liée à une profonde intensité. Mais cette même forme, associée à l’infini des combinaisons possibles, est tout aussi capable d’exprimer dynamisme et grande vitalité. Avec les mêmes moyens élémentaires - ligne, cercle, carré, triangle, polygones, courbes – la plupart des dominantes de l'être humain peuvent être plastiquement exprimées telles que pureté, contemplation, spiritualité, calme, joie, dynamisme, ludicité, créativité, imagination…

Comme il a été précédemment dit, au cours de son histoire cette "mouvance construite internationale ou art géométrique" a donné naissance à plusieurs mouvements qui, tous, bien que mettant en œuvre les principes de la géométrie, ont abouti à des recherches et à des résultats différents. Pour ne rappeler que les plus notoires :

- Le "Constructivisme" est né en Russie dans l'effervescence de la Révolution de 1917. Dirigé contre tout esthétisme, il recherchait avant tout des objectifs sociaux, utilitaires et matérialistes (Gabo, Pevsner, Archipenko, Rodchenko, Larionov, Gontcharova, Tatlin...).

- Le "Suprématisme", créé par l'artiste russe Malevitch en 1916, affirmait la suprématie des formes élémentaires simples telles que le carré, le rectangle, le cercle, le triangle, la croix et assurait que la réalité de l'art dépendait entièrement des effets de la couleur sur les sens.

- Le "Néo-plasticisme" est fondé en 1917 à Amsterdam par Mondrian, van Doesburg et Bart van Leck. Il s'agissait de découvrir les "moyens purs" par lesquels serait révélée l'harmonie universelle, soit une abstraction géométrique régie par un emploi très strict des seules lignes horizontales et verticales, des trois couleurs primaires pures, bleu, jaune et rouge, associées avec le blanc et le noir.

- "Cercle et Carré", mouvement fondé en 1929 par Michel Seuphor et Torrès-Garcia organisa à Paris, en 1930, la première grande exposition consacrée à l'art abstrait, essentiellement géométrique.

- Le mouvement "MADI", lancé à Buesnos Aires en 1946 par Arden Quin, proclamait la possibilité de peindre des structures polygonales planes, concaves ou convexes, des plans articulés, amovibles, animés de mouvements linaires, giratoires ou de translation, de sculpter des solides avec des espaces vides et mouvements d'articulation... MADI réalisa le passage entre l'art construit des années vingt-trente et l'art minimal, le "shaped canvas" et le "hard hedge" américains des années soixante-dix.

- L'"Art cinétique" réunit, à partir des années 50, une nouvelle génération d'artistes qui cherchaient, en reprenant les données de l'abstraction géométrique, à introduire les notions de mouvements et de temps (Vasarely, Tomasello, Soto, Agam, Morellet, Cruz-Diez...).

- L'"Art minimal" apparaît aux USA en 1965 (Dan Flavin, Donald Judd, Sol Lewitt, Carl André, Frank Stella...). Morellet, en France, a précédé ce mouvement. Les formes simplifiées à l'extrême, ne portent plus de traces de l'intervention de l'artiste niant ainsi toute subjectivité.


Cette description sommaire ne recouvre qu'une partie des tendances et expressions qui de part le monde se sont référées et continuent à se référer à l'art géométrique.








CARACTERISTIQUES ET IMPORTANCE DU MOUVEMENT MADI


Apparu au milieu du XX° siècle, MADI est avant tout un mouvement rassembleur. Comme DADA, leur nom est une invention et leur histoire en perpétuel renouvellement. MADI ne dicte aucune théorie restrictive, bien au contraire. Il demande la plus grande liberté dans les moyens d'expression, les matériaux utilisés, l'utilisation de l'espace. Avec, toutefois, un seul impératif : sortir du traditionnel rectangle de la toile peinte, fenêtre héritée de la Renaissance, afin d'explorer les multiples possibilités offertes par la confrontation entre la forme créée et l'espace environnant. MADI est un art de la Géométrie et, comme elle, il se veut universel car qu’est ce qui est plus universel que la géométrie à l’origine de la majorité des créations humaines, dans tous les domaines ?

Dès 1946 le manifeste MADI réclamait l'ouverture sur le "milieu spatial" et la gravitation des formes, la possibilité de peindre des structures polygonales planes, concaves ou convexes, des plans articulés, amovibles, animés de mouvements linéaires, giratoires ou de translations ; la possibilité de sculpter des solides avec des espaces vides et des mouvements d'articulation, de mettre en œuvres des fils d'acier dansants… En faisant sauter le cadre orthogonal classique, cette prise de position devançait de quinze ans le formalisme américain d'un Stella, par exemple. En mettant en valeur l'idée de mouvement et de manipulation, la voie était ouverte au cinétisme, comme au dynamisme des volumes.


Dans les arts plastiques, MADI est l'état d'esprit créateur qui fait sien les règles suivantes :


INVENTION ABSTRACTION POLYGONALITE GEOMETRIE

LUDICITE MOUVEMENT ESPACE COULEUR



Mais plus qu'un mouvement purement plastique, MADI est une attitude générale de liberté par rapport aux poncifs, aux habitudes, aux traditions sclérosantes. Il faut créer, inventer de nouvelles formes, utiliser les nouveaux matériaux, les nouvelles techniques.

La preuve de sa vitalité? Il y a de part le monde de plus en plus de groupements de plasticiens se réclamant de MADI. Des grands musées s'y intéressent organisant d’importantes expositions regroupant, non seulement des artistes de la première heure, mais également des créateurs des générations suivantes. Des musées sont consacrés au mouvement tel que celui inauguré en 2005 à Sobral, au Brésil.

Les artistes liés au mouvement Madi International se rencontrent périodiquement au cours de manifestations, réunions, colloques, expositions, confrontant leurs expériences et montrant à l’évidence la richesse et la diversité des créations. Des scientifiques, des mathématiciens ont même trouvé dans les créations MADI la justification de leur propre recherche.

Au début du XXI° siècle, une telle permanence dans la continuité et la créativité d’un mouvement artistique est unique. Il ne faut pas oublier que MADI a plus de soixante ans d’existence!

Actuellement le groupe MADI International comprend plus de cinquante membres représentant quinze pays (Argentine, Belgique, Brésil, Espagne, France, Hollande, Hongrie, Italie, Japon, Pologne, Slovaquie, Suède, Uruguay, USA, Venezuela), où se côtoient quatre générations…



HISTORIQUE ABREGE DU MOUVEMENT MADI


En 1934 Joaquin Torres-Garcia (1874-1949) revient à Montevideo (Uruguay, son pays d’origine) après avoir fondé à Paris en 1930, avec Michel Seuphor, le groupe Cercle et Carré. Ce groupe a réuni la plupart des grands créateurs de l’art abstrait du début du XX° siècle (pour n’en citer que quelques-uns : Mondrian, Kandinsky, van Doesburg, Vantongerloo, Arp, Russolo… et, bien sûr, Torres-Garcia).

Dés son retour en Uruguay, Torres-Garcia entreprend par ses écrits et ses conférences de faire connaître les avant-gardes européennes.

Il est impossible de dissocier l’histoire du mouvement MADI de la vie de son créateur : Carmelo Arden Quin Alves Oyarzun. Il est né en 1913, à Rivera, partie uruguayenne d’une ville bâtie à cheval sur la frontière entre l’Uruguay et le Brésil. Il a été le théoricien, le rassembleur, l’organisateur qui a donné naissance à MADI, l’a aminé avec passion et fermeté depuis les années quarante.

En 1935, Arden Quin assiste à une conférence donnée par Torres-Garcia à Montevideo. Il le fréquentera par la suite, aura accès à sa bibliothèque, aux revues d’avant-gardes qu’il reçoit du monde entier. Ceci aura une importance décisive pour les choix, les actions, les buts qu’Arden Quin se fixera au cours de sa vie.

C’est la littérature, la poésie en particulier, et la philosophie qui seront ses premiers centres d’intérêt.

En 1938, il s’installe à Buenos Aires où il fait partie d’un groupe de peintres et d’écrivains d’avant-garde.

En 1941 commence la gestation de la revue d’avant-garde Arturo (Revue des Arts Abstraits « Arturo ». En 1944 paraît l’unique numéro de la revue avec des textes ou poèmes d’Arden Quin, Bayley, Vicente Huidobro, Kosice, Rothfuss, Mendes, Torres-Garcia… et des reproductions de Kandinski, Mondrian, Maldonado, Torres-Garcia, Vieira da Silva…

Du 3 au 6 août 1946, est présentée à l’Institut Français d’Etudes Supérieures de Buenos Aires la première exposition d’importance et le premier acte public Madi, acte au cours duquel Arden Quin lit « L’introduction au manifeste Madi ». Les participants à cet événement affirment l’universalité et les affinités de leur esthétique avec les différentes expressions de la création d’avant-garde, poésie, musique, danse, architecture… Participaient à cette manifestation (entre autres) des plasticiens (Arden Quin, Rothfuss, Martin Blasko, Kosice…), des musiciens (Eitler, Juan-Carlos Paz du groupe Nueva Musica), une danseuse (Paulina Ossona sur une chorégraphie d’Arden Quin)...

En 1947 le groupe éclate à la suite de différents entre Arden Quin et Kosice. Eitler, Martin et Ignacio Blasko suivent Arden Quin, Rothfuss reste avec Kosice.

1948 : Séries des « Formes galbées » et des « Coplanals » (peintures-objets articulables, transformables).

En 1948, Arden Quin quitte l’Argentine pour s’installer à Paris. La même année, peu avant son arrivée, le Salon des Réalités Nouvelles, salon de l’abstraction Géométrique, avait accueilli dix-sept nations étrangères. Parmi elles la presse remarque l’ensemble MADI : « Oui ! Vous avez un gros succès ici à Paris, au milieu des 17 nations représentées. La Presse vous est très sympathique » peut écrire Del Marle, peintre et secrétaire des Réalités Nouvelles, aux Madis de Buenos Aires.

Rencontre déterminante d’Arden Quin avec Vantongerloo. (formes blanches de 1949 à 1950).

Mais son abstraction est heureuse, loin des préoccupations raisonnantes d’un Vantongerloo ou du mysticisme de Malevitch ou de Mondrian. La complexité du langage plastique le passionne plus que toute préoccupation littéraire ou psychologique d’un Arp, d’un Vantongerloo ou d’un Tutundjian.

Séries des « Reliefs amovibles » de 1949 à 1950, précurseurs des « Méta-mécaniques » de Tinguely, des « Plans mobiles » de Pol Bury et des « Assemblages mouvants » d’Agam, tous exécutés en 1953.





Le groupe MADI est très vite reconstitué à Paris (la galerie parisienne Colette Allendy présente « Les Madis » en 1950 avec Arden Quin, Vardanega, Eielson et Desserprit).

De 1951 à 1958, un Centre de Recherches et d’Etudes Madistes est créé dans l’atelier parisien d’Arden Quin avec la participation d’artistes latino-américains et français (Volf Roitman, Pierre Alexandre, Angela Mazat, Roger Neyrat, Ruben Nunez, Marcelle Saint-Omer et Georges Sallaz).

En 1953, le groupe MADI occupe la première salle du Salon des Réalités Nouvelles.

A partir de cette date les expositions vont se multiplier tant en France qu’à l’étranger.

Voici quelques dates d’événements importants :

1982-83-85 : Madi, Espace Donguy, Paris.

1983 : Château de Saint-Cirq-Lapopie (Lot).

1984 : Madi, galerie Frenka Berndt, Paris.

1984 : MADI, Maintenant. Galerie Alexandre de La Salle, Saint-Paul-de-Vence.

1984 : Arte Madi, Côme, Turin (Italie).

1990 : MADI, Galerie Métaphore, Paris - Centre d’Art Contemporain et Galerie G, Besançon, France.

1991 : Arte Concreto Invencion, Arte MADI, Konstructive und Konkrete Kunst, Zurick (Suisse).

1991 : MADI, Arte Struktura Galeria, Milan (Italie).

1993 : MADI, Saint-Cirq-la-Popie (Lot).

1994 : importante exposition dans plusieurs lieux de Maubeuge (France).

1995 : Festival MADI, Gÿor (Hongrie).

1996 : MADI Internacional, Centro de Exposiciones y Congresos of the Ibercaja Bank, Zaragoza (Espagne).

1997 : Arte MADI, Museo Nacional Centro de Arte Reina Sofia, Madrid.

1997 : Arte MADI, Museo Extremeno e Iberamica de Arte Contemporaneo, Badajoz (Espagne).

1998 : Festival Euro-MADI, Musée d’Art Contemporain, Palais Esterhazy, Gÿor (Hongrie).

1998 : MADI international, Espace Sculfort, Maubeuge (France).

1999 : Hommage de MADI à Gorin, Château de la Groulais, Blain (France).

1999 : De MADI à MADI, Civica Galleria d’Arte Moderna, Gallarate (Italie).

2001 : MADI Outside le box, Polk Museum of Art, Lakkeland, and The Gulf Coast Museum od Art, Largo, Florida (USA).

2003 : Inaugation du Musée et de la Galerie MADI, Dallas (USA).

2003 : Movimiento MADI Internacional, Museo de Arte Contemporaneo, La Plata (Argentina).

2004 : Movimiento MADI Internacional, Centro Cultural Borges, Buenos Aires (Argentine).

2005 : Inauguration d’un Musée MADI à Sobral (Brésil).

Jean Branchet (2006)